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L’ancienne gare : quelques verités.

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Ancienne gare de Piriac : des éléments objectifs pour rétablir quelques vérités
J’entends quelques commentaires concernant notre décision de ne pas avoir préempté le bâtiment de l’ancienne petite gare, commentaires qui dérivent bien souvent sur notre soi-disant mépris du patrimoine en général. J’avoue avoir un peu de mal à comprendre les fondements réels de cette accusation. Il faudrait, d’abord, considérer que l’ancienne petite gare représenterait un fleuron de notre patrimoine communal. Or, que ce bâtiment soit le dernier témoignage de l’existence (ancienne) d’une desserte ferroviaire de notre commune, c’est un fait. De là à en faire un élément patrimonial structurant de l’histoire piriacaise, il y a, là, un pas important qu’il me paraît audacieux de franchir. Je souhaite, donc, apporter quelques précisions utiles à la compréhension de ce sujet afin d’éviter de voir fleurir des arguments fallacieux destinés à alimenter des polémiques essentiellement politiciennes.
Des décennies d’abandon total
Tout d’abord je rappelle que, bien qu’ayant été un bâtiment lié au service ferroviaire, l’ancienne petite gare est une propriété privée depuis de fort nombreuses années maintenant. Je rappelle également que l’histoire ferroviaire de Piriac, démarrée au début du XXe siècle, s’est achevée en 1936, avec la fermeture définitive de la ligne Guérande – Herbignac. Et, à ma connaissance, depuis toutes ces années, elle n’a jamais fait l’objet d’une quelconque velléité des pouvoirs publics communaux de l’acquérir pour la faire entrer dans le patrimoine communal et initier la moindre action pour la rénover ou, à tout le moins, l’entretenir et freiner, ainsi, sa dégradation progressive. Si je m’en réfère aux 25 années de mandat de mon prédécesseur, par exemple, qu’a-t-il été entrepris en ce sens ? Rien ! Même lors de l’élaboration du Plan Local d’Urbanisme (PLU), approuvé par l’ancienne Municipalité, en décembre 2013, aucune disposition particulière de protection de l’ancienne gare n’a été prévue. Mieux (ou pire, c’est selon…), ladite gare n’a même pas été classée comme bâtiment remarquable dans le cadre de l’Aire de Valorisation du Patrimoine (AVAP) adoptée, dans le même temps que le PLU, par la même Municipalité. Ces deux documents d’urbanisme étaient pourtant l’occasion d’affirmer, à la fois sur les plans politique et juridique, un intérêt fort de la Commune pour ce bâtiment et inscrire dans le marbre la nécessité de le protéger. Il faut croire qu’à l’époque l’ancienne gare ne suscitait pas tout à fait la même passion chez ceux qui étaient alors aux affaires et qui, aujourd’hui, subitement, se redécouvrent une fibre patrimoniale. Il serait bon que dans le procès qu’ils nous intentent aujourd’hui, ils n’oublient pas, au préalable, de faire le réquisitoire de leurs propres errements passés. ça aurait, au moins, le mérite de donner quelques accents de sincérité à des propos qui en manquent singulièrement et qui, au fond, ne finissent par ressembler qu’à ce qu’ils sont : de l’instrumentalisation à usage politique.
Un projet d’au moins 250 000 € !
Car le patrimoine est un sujet sérieux et mérite autre chose que des petites phrases à l’emporte-pièce. Soyons donc précis. Lorsque s’est présentée l’opportunité, pour la Commune, de préempter sur la vente de l’emprise foncière où se situe l’ancienne gare, j’ai pris l’initiative d’organiser un débat avec l’ensemble des élus municipaux, y compris ceux de l’opposition. Il n’était pas question que mon équipe et moi-même prenions une décision, seuls, dans notre coin, sur ce sujet. Une partie de ceux qui, maintenant, nous accusent de « sacrifier » notre patrimoine le savent puisqu’ils étaient là et qu’ils ont activement pris part au débat. Bizarrement, ils n’en parlent pas. Pourquoi ? Parce qu’il faudrait qu’ils expliquent que ce débat a eu lieu il y a un an et demi, que la décision de ne pas préempter a été prise à ce moment-là et que s’il est rigoureusement exact que certains d’entre eux défendaient, alors, la préemption, ils ne se sont pas beaucoup, ensuite, mobilisés pour faire changer le cours des choses. Seule la perspective des prochaines élections municipales les a, semble-t-il, soudain, réveillés. Il était temps ! Quels étaient alors les éléments du débat qui ont conduit une majorité des élus municipaux à ne pas préempter ? Tout d’abord, une préemption nécessite un projet pour justifier que la Commune se substitue à un acquéreur privé. Et s’il existait, de la part de certain, le vague projet de créer une sorte de salle d’exposition temporaire, celui-ci n’était ni très bien définit, ni très abouti. Ce qui était certain, en revanche, c’est que, compte tenu de l’état de dégradation avancée du bâtiment (nous l’avions, dans la perspective du débat, fait expertiser par des professionnels), c’est que sa réhabilitation dans les règles de l’art (enduits à la chaux à l’ancienne, ouvertures en bois peint, toiture en ardoises naturelles, charpente en bois…) forcément prescrite par l’Architecte des Bâtiments de France (étant en zone AVAP) sans compter les travaux de sécurité, d’accessibilité et de mises aux normes nécessaires pour un classement en ERP (établissement recevant du public) nécessitaient un investissement minimal de plus de 100 000 €. Somme à laquelle il fallait, bien entendu, ajouter l’acquisition foncière avec ses incontournables frais de notaires, soit 145 000 €. Soit un investissement global de 250 000 € minimum (ne tenant pas compte des éventuels surcoûts propres à toutes rénovations) pour un vague projet de salle d’exposition. Rajoutons encore, pour faire bonne mesure, tous les coûts annuels de fonctionnement liés à l’ouverture du site au public. Soucieux des finances communales, les élus de la Majorité municipale et moi-même avons considéré, en notre âme et conscience, qu’il n’était pas opportun de dépenser une telle somme pour un tel projet.
Une histoire ferroviaire qui ne disparaît pas
D’autant que, pour rappel, toute trace physique de la (courte) histoire ferroviaire de Piriac-sur-Mer ne sera absolument pas effacée puisqu’il subsiste encore, chemin de Sissac, à Lérat, une ancienne gare en bien meilleure état de conservation que celle de la rue de la Tranchée. Elle aussi, certes, relève, comme l’autre, de la propriété privée mais si, un jour, son existence devait être menacée, un débat pourrait alors s’ouvrir sur la nécessité, ou non, des pouvoirs publics d’intervenir pour conserver la trace de cette tranche d’histoire locale. Il faudra, néanmoins, là aussi, se poser la question de l’usage et de l’utilité publics d’un tel projet. On n’acquiert pas, comme ça, des bâtiments patrimoniaux uniquement pour se faire plaisir ou se donner bonne conscience. Cela relève d’une véritable réflexion de fond sur les fondements et les objectifs d’une politique patrimoniale utile au territoire et à ses habitants. Quelle réflexion est, aujourd’hui, à l’œuvre chez ceux qui nous reprochent un peu facilement de brader le patrimoine local, à part faire de l’agitation politique à l’approche d’échéances électorales ? Poser la question, c’est peut-être y répondre un peu….
Ceux qui parlent et ceux qui agissent
J’en profite pour rappeler deux ou trois vérités à tous nos néo-défenseurs acharnés du patrimoine local. Lorsqu’en 2014, la sacristie de l’Eglise Saint-Pierre-és-Lien menaçait de se fendre en deux parties et de s’effondrer, nous avons découvert que le problème n’était pas nouveau, qu’il avait été signalé aux élus d’alors sans que cela les émeuve outre mesure. C’est donc mon équipe municipale et moi, les fameux « ennemis du patrimoine », qui l’avons restaurée, en urgence, et dans les règles de l’art, à la satisfaction de tous ceux qui sont attachés à cet édifice religieux remarquable de Piriac. Prenons, ensuite, les différents bâtiments de la place Vignioboul (l’ancienne mairie devenue bibliothèque, l’espace jeunes, la maison du patrimoine) : cela fait des décennies qu’il s’agissait de véritables passoires thermiques et que personne, dans les mandatures précédentes, ne s’était préoccupé de les isoler convenablement, ne serait-ce que pour mieux les protéger des aléas du temps et du climat mais aussi pour réduire leur facture énergétique exorbitante (de la part de ceux qui nous abreuvent, à longueur de déclarations, de discours sur la nécessaire rigueur budgétaire, ça fait tâche…). C’est encore mon équipe et moi qui nous en sommes occupés. Nous avons remis des isolants au niveau des toitures et remplacé toutes les menuiseries antédiluviennes par des ouvertures en bois prescrites par l’Architecte des Bâtiments de France (ABF). Le tout en nous appuyant sur des financements innovants qui ont permis de ne quasiment pas solliciter les finances communales. J’ajouterais que nous travaillons, depuis plusieurs années, sur la réhabilitation du site historique des cartes du diable, à Saint Sébastien, sur lequel nous allons aussi réimplanter les pierres de Méniscoul, qui en sont originaires. Je précise que ce site était laissé à l’abandon depuis des dizaines d’années.
Pour conclure, chacun a, bien entendu, le droit le plus strict de défendre ses idées et ses points de vue pour alimenter des débats sains et objectifs. C’est le fondement même de la démocratie et j’y suis particulièrement attaché. Mais un bon débat réclame un peu de rigueur et un minimum d’honnêteté intellectuelle dans les propos et les arguments que l’on avance. Ces deux exigences semblent, malheureusement, aujourd’hui, manquer à nos nouveaux défenseurs autoproclamés du patrimoine piriacais. Je le regrette vivement.
Paul Chainais

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